Philippine Ruffin soutiendra sa thèse de doctorat en STAPS le mercredi 18 novembre 2026 à 9h00 intitulée “Vers une épistémologie du sport-santé : du référentiel mondial au savoir expérientiel des Maisons Sport-Santé“.
Membres du jury :
Pr. Olivier Sirost, Professeur des Universités, Université de Rouen Normandie – Directeur de thèse
Pr. Fabrice Dosseville, Professeur des Universités, Université de Caen Normandie – Membre du jury
Pr. Isabelle Queval, Professeure des Universités, Institut National Supérieur de Formation et de Recherche pour l’Éducation Inclusive – Membre du jury
Pr. Anne-Sophie Sayeux, Maîtresse de Conférences, Université Clermont-Auvergne – Membre du jury
Pr. Hélène Joncheray, Maîtresse de Conférences, HDR, Institut National du Sport, de l’Expertise et de la Performance – Rapporteur
Pr. Pierre-Olaf Schut, Professeur des Universités, Université Gustave Eiffel – Co-directeur de thèse
La soutenance se tiendra dans l’Amphithéâtre Delapille, UFR STAPS, Boulevard André Siegfried, 76130 Mont-Saint-Aignan.
Résumé de la thèse : Dans un contexte marqué par la promotion croissante de l’activité physique comme levier de santé publique, notamment illustrée par le déploiement des Maisons Sport-Santé (MSS), cette thèse interroge l’émergence du sport-santé en France : que recouvre cette notion et que révèle-t-elle des transformations contemporaines du sport, de la santé et des savoirs sur le corps ?
Dans une perspective épistémologique inspirée de Michel Foucault, le sport-santé est ici appréhendé comme un discours situé, dont sont examinées les conditions historiques d’émergence, les savoirs fondateurs et les dispositifs de mise en œuvre. Ce travail de thèse s’appuie sur plusieurs études mobilisant des méthodes qualitatives et quantitatives. D’abord, il analyse la construction des recommandations internationales d’activité physique de l’OMS et la légitimation des preuves scientifiques qui les sous-tendent. Il étudie ensuite la traduction territoriale du sport-santé à travers l’organisation des MSS en Normandie et les expériences de leurs usagers. Enfin, il met en regard les discours d’experts, d’acteurs institutionnels et d’acteurs du mouvement sportif.
L’analyse croisée des résultats de ces études fait apparaître la coexistence de deux régimes de vérité au sein du discours sport-santé. Le premier, institutionnel, s’ancre dans les preuves scientifiques et les recommandations internationales, et se déploie à travers les institutions, les dispositifs et les normes hérités du sport moderne. Le second, expérientiel, semble émerger et se construire à partir des individus, de leurs ressentis et de leurs expériences corporelles, qui les conduisent à réinterpréter et à s’approprier les cadres institutionnels. Ces deux régimes ne reposent ainsi pas sur les mêmes façons de produire et de légitimer les savoirs : tandis que le premier privilégie la mesure, la standardisation et la généralisation, le second accorde une place centrale à la singularité, à la réflexivité et au caractère situé des pratiques.
Ce décalage fait apparaître plusieurs obstacles épistémologiques, notamment lorsqu’il s’agit de traduire les expériences individuelles dans les catégories générales de l’action publique ou, inversement, d’inscrire des normes institutionnelles dans des parcours singuliers. Elle rend également ambivalentes des notions telles que l’autonomie, le bien-être et la bonne pratique, qui ne renvoient pas aux mêmes réalités selon les acteurs et les contextes. Plus largement, la place croissante accordée à l’expérience corporelle pourrait signaler une évolution des manières de penser et de légitimer les savoirs sur l’activité physique, le corps et la santé.
